Grand succès pour les 3 expos

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Manfred Schling présente une de ses oeuvres

 

C’est avec grand plaisir que, le samedi 5 août à 17h30, nous avons fêté le début des expositions du mois d’août en présence de Manfred Schling (photo) et Eléonore Plard, Roger Benoit ne pouvant se joindre à nous.

 

En août, ce sont 3 expos dans 3 lieux qui sont proposées, au 6, au 12 et au 13.

La jeune créatrice Eléonore Plard présente quelques-unes de ses vidéos au 6 de la rue de la Châtelaine, au sein d’un dispositif mis en place par Georges Bruchet et l’équipe.  Eléonore, présente au vernissage, est restée une semaine à Saint-Bonnet-Le-Château, semaine pendant laquelle elle a organisé deux performances avec des participants volontaires le mercredi 9 et le jeudi 10 août. Ces performances ont été à la fois une belle manière d’animer les rues de Saint-Bonnet, et, au vu des témoignages recueillis, une expérience intense du travail créatif collectif. (Plus d’infos prochainement).

 


Depuis le début de l’exposition, les oeuvres de Manfred Schling enthousiasme un public passionné par ce travail qui crée une peinture puissante, minérale, mélange de pigments, de poussière de marbre et de poudre de quartz.  Extraits

 Blau, 2013, 130cm x 105cm, un des plus beaux tableaux de Manfred Schling

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Parmi une quizaine d’oeuvres, dont un émouvant tryptique intitulé Fossiles (vendu),  une merveilleuse Venus, inspirée de la Venus de Willendorf** (vers 23000 av. J.-C.) qui semble veiller sur cet espace avec une attitude de patience et une tranquilité absolue.

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13 rue de la Châtelaine, l’énigmatique installation de Roger Benoit, et ses tableaux de bois noir passionnent et interpellent un public très curieux de ce travail exceptionnel et unique.

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Ci-dessous un joli jeu des photos réalisées par Anne Philippe (chargée de médiation et étudiante aux Beaux-Arts) autour d’une unique pièce – une suspension réalisée en une seule pièce de bois.

 



**Vénus de Willendorf, (vers 23000 av. J.-C.), sculpture en calcaire oolithique, 11 cm de hauteur, Musée d’histoire naturelle de Vienne, Autriche.

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NR – Cette petite sculpture en calcaire qui montre une femme aux formes généreuses, la tête légèrement penchée, une déesse de l’amour, de la fécondité ? Son auteur évidemment inconnu était-il l’amoureux éperdu d’une femme somptueuse ? Le mystère est entier et pourtant cette petite statue impose sa présence douce au Musée de Vienne et inspire nombre d’artistes, comme ici Manfred Schling. 

 

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L’art brut existe-t-il ?

Article par Myriam Lajmi et Marie Oulion

Le 20 juillet, s’est déroulée au Cin’étoile à Saint-Bonnet-Le-Château, la soirée évènement autour de l’art brut, avec au programme une exposition des œuvres de l’artiste Vladimir, une conférence de Luis Marcel et la projection du film André et les martiens réalisé par Pascal Lespinasse.

 

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Crédits – Luis Marcel, Vladimir

Pascal Saint-Vanne dit Vladimir est autiste et schizophrène. Maltraité par une mère qui le bâillonnait quand, enfant, il hurlait faute de pouvoir communiquer autrement, cet artiste dans l’âme, âgé aujourd’hui de 50 ans, peint depuis son plus jeune âge des œuvres très puissantes, la plupart étant des autoportraits ou des représentations maternelles.  Pour l’occasion, dix-huit pièces de la collection du musée de l’Art en marche à Lapalisse ont été présentées au public. Une collection poignante, qui interpelle. Qu’on adhère à cette peinture toute en tension ou qu’on la déteste, elle ne laisse pas indifférent.

Vladimir a été découvert par Luis Marcel, galeriste indépendant et décalé, amoureux des artistes d’art dit « brut », fondateur de l’association « L’art en marche ». Luis Marcel a ouvert le Musée de l’art brut de Lapalisse en 1997, musée dans lequel il a longtemps exposé une imposante et magnifique collection d’art brut.

Le parcours de Luis Marcel n’est pas rectiligne. Il est dans un premier temps professeur de sculpture. Mais « bien trop anarchiste pour enseigner aux Beaux- arts », il s’occupe d’adolescents en rupture comme ergothérapeute. Il les oriente vers les Compagnons du devoir, ce qui permet à nombre d’entre eux de se réinsérer. C’est par ce biais qu’il va rencontrer et s’intéresser à des créateurs d’art brut. Il deviendra cet acteur important qui va permettre à nombre d’entre eux d’être exposés, et de vendre. Il explique que l’art brut et ses créateurs – qui n’aiment pas être appelés « artiste » –  restent encore aujourd’hui dans l’ombre du marché de l’art.

« C’est un art populaire, l’art de tout le monde, pour tout le monde » Luis Marcel

Pour Luis Marcel, l’art brut, « c’est l’imagination associée à la pulsion créatrice dans sa forme la plus libre ». Cette combinaison, comme le souligne Luis Marcel, ne date pas d’aujourd’hui, que l’on regarde « les dessins des hommes préhistoriques ou qu’on pense à ces soldats qui, pour briser l’attente dans les tranchées pendant la première guerre mondiale, créaient de petits nécessaires de couture pour leurs fiancées, leurs mères, manière de supporter l’atrocité de ce qu’ils vivaient alors. »  Pour Luis marcel, l’imagination est un « canalisateur » qui permet de supporter l’insupportable.

La controverse –  L’art brut existe-t-il vraiment ? 

Pour répondre à cette question remontons à l’origine. En 1922, le psychiatre et historien d’art allemand Hans Prinzhorn publie Expressions de la Folie, un livre sur l’exploration des limites entre l’art et la psychiatrie, entre la maladie et l’expression créatrice. Cet ouvrage est illustré par quelques-uns des dessins et des peintures de la collection d’Heidelberg, laquelle réunit plus de cinq milles œuvres exécutées par près de 450 personnes ayant des troubles mentaux.
Ses travaux bouleversèrent le regard de tous sur ce qui était surnommé « l’art des fous » au début du vingtième siècle. A cette époque la production artistique des malades mentaux était simplement considérée comme les traces de la dégradation de la santé mentale des patients. Prinzhorn y a vu au contraire l’expression de la partie saine des malades. Suivant l’hypothèse que toute expression est une mise en forme pour communiquer, la notion de langage peut être étendue à toutes les formes d’expression. L’œuvre de Prinzhorn marque la fin d’une exclusion, même si la plupart des spécialistes de la maladie mentale et de l’art continuèrent à n’avoir pour cette œuvre qu’un intérêt très limité.

En 1945, le peintre Jean Dubuffet dépose le terme « art brut ». Par ce terme, Dubuffet désigne l’art produit par des autodidactes travaillant en dehors des normes esthétiques convenues, des marginaux qui se mettent à l’écart pour créer. Il est question de spontanéité inventive libéré du joug d’une asphyxiante culture.  Dubuffet a fait quelques études d’art, mais reste vigoureusement opposé au conditionnement culturel conventionnel grouillant de références académiques qui régentait la scène artistique, il reste un autodidacte.

L’art des marginaux a été nommé de beaucoup de façons, au fil des années, raw artoutsider art, art singulier, folk art*, mais toutes ces dénominations ramènent à la même définition : « œuvres ayant pour auteurs des personnes étrangères aux milieux intellectuels, le plus souvent indemnes de toute éducation artistique et chez qui l’invention s’exerce, de ce fait, sans qu’aucune incidence en vienne altérer la spontanéité. » Jean Dubuffet.

L’auteur de l’œuvre « d’art brut »se situe hors du système de l’art. De ce fait, il tire ses sujets, ses choix de matériaux, sa technique, de ses propres impulsions, sans souci de se conformer à une quelconque esthétique artistique. On obtient alors une création dans sa forme brute, primaire. L’auteur ressent un besoin de créer avant tout pour lui-même, sans avoir la conscience d’être artiste ou de « faire de l’art ». C’est la nécessité de s’exprimer, de laisser libre cours aux fantasmes ou aux émotions qui est le moteur.  Le créateur ne s’exprime pas pour parler à un public, à un marché, mais simplement pour le plaisir ou la nécessité de communiquer.  Cela ne veut pas dire qu’il n’aime pas partager avec un public. Bien au contraire, ces artistes sont – comme tout un chacun – heureux d’être reconnus et de vendre quelques tableaux. Individus souvent cassés par la vie, ils trouvent un bonheur intense dans le travail de création, et quand un public s’intéresse à eux, une fierté qui les aident à vivre, petite revanche sur une existence souvent très difficile.

Luis Marcel reconnait en Jean Dubuffet un excellent peintre et un vrai philosophe, mais lui reproche de s’être approprié la découverte de cet art des marginaux en déposant le terme art brut comme s’il lui appartenait. Pour résumer la controverse, Luis Marcel considère que, Dubuffet, en déposant le terme, s’est donné le monopole de l’art « brut », comme si c’était son œuvre. Il considère que Dubuffet a cherché à garder l’emprise sur le concept et le marché de l’art « brut », mettant des obstacles à l’exploitation commerciale des œuvres lui appartenant, soumettant leurs prêts à certaines conditions, et interdisant l’utilisation de l’appellation art brut. (*)

 

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. De outsider, l’art « brut » est devenu « tendance », et à mesure que sa cote a crû, on a vu l’art brut se perdre dans un flot de références, et ses conditions de création se démultiplier. Il n’est plus nécessaire d’être schizophrène ou autiste pour faire de l’art brut, il suffit de le revendiquer. On le retrouve sur le même plan que les autres champs artistiques, on parle d’écoles d’art brut, d’art brut contemporain, de classiques de l’art brut. Il a été intégré – pour une part – au système.

Et pourtant, on peut avancer, avec Luis Marcel, qu’aucun marché n’empêchera l’émergence de créations dites art brut. Les créateurs comme Vladimir ou Mary Cody, exposée à la Châtelaine, ne trichent pas, n’enjolivent rien, ils nous montrent avec sincérité leur vérité, une vérité parfois dérangeante, brutale pour le spectateur, mais entière et directe. C’est bien cette authenticité qui fait tout l’intérêt de ce qu’on appelle l’art brut.

Et si finalement, ce qu’on appelle l‘art brut n’existait pas ?  L’artiste Joe Coleman a déclaré « l’art est bon ou il est mauvais. C’est la seule chose qui compte ». Ce qui compte, ce n’est pas l’étrangeté des œuvres ou le vécu des artistes qu’ils soient malades, marginaux, ou inadaptés, ou simplement des individus ordinaires, mais c’est bien l’énergie brute -appelons la « émotion » – transmise aux spectateurs, une énergie qui se ressent et n’a besoin de rien pour être interceptée par le spectateur, ni de discours cryptiques, ni de notice explicative. Non, simplement, une énergie, un plaisir, une sensation, quelque chose qui donne au spectateur la délicieuse – et souvent dérangeante – sensation d’être intensément vivant.

 


Sources 
https://books.google.fr/books?id=VAQRCwAAQBAJ&pg=PT224&lpg=PT224&dq=dubuffet+monopole+de+l%27art+brut&source=bl&ots=5q5OrBQ4-g&sig=wYW5BeuWtkgSk54YBfI4iw8TXqc&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjqvYiqgazVAhWCIVAKHT2_DF4Q6AEIRDAE#v=onepage&q=dubuffet%20monopole%20de%20l’art%20brut&f=false

http://www.persee.fr/doc/pumus_1766-2923_2010_num_16_1_1560?q=reveler%20l%27art%20brute

http://naaba.fr/fr/outsider-art-existe-pas/

 

 

 

 

Evénement au 13 rue de la Châtelaine : le sculpteur Roger Benoit

Roger Benoit nous fait le plaisir de déposer quelques-unes de ces oeuvres au 13 rue de la Châtelaine du 3 au 27 août 2017.

Quand on demande à Roger Benoit quel est le moteur qui le pousse vers la création, il répond simplement « la beauté ». Et à découvrir la belle exposition qu’il nous propose, on comprend aisément jusqu’où il pousse ce besoin de beauté et d’équilibre : sens des formes et de l’équilibre, jeu d’espace et de lumière, travail technique incroyablement élaboré et patient qui aboutit à des oeuvres habitées et jamais maniérées. Tout est beauté dans l’oeuvre de Roger Benoit.

 

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L’installation
Idéalement installée dans l’Hotel d’Epinac, elle nous offre un espace envoutant et émouvant. Il ne faut en aucun cas rater cette belle rencontre que nous sommes heureux de vous offrir.

 

Quelques pièces de la très belle série traces.

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Un travail étonnant au coeur du bois.

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Bois d’hévéa, bois de hêtre, de frêne, d’érable sycomore, Roger Benoit aime le bois. C’est pour lui comme un instrument de musique dont il sait jouer à merveille.
Du 3 au 27 août 2017 – Au 13 rue de la Châtelaine 

Manfred Schling – la peinture informelle

Manfred Schling a étudié dans les années 1970 à l’Université des Arts de Berlin. Cet élève de Fred Thieler, un des pères fondateurs de la peinture informelle allemande, a été profondément influencé par le travail de Antoni Tapies.

Berlinois depuis toujours, et dans l’âme, il a vécu et travaillé pendant trois ans au Chili dans les années 2000. Il pratique depuis toujours une technique mixte mêlant pigments, poudre de quartz, ou d’autres éléments. Dans une grande part de son travail, la matière est importante et elle s’affiche alors en une vision de relief fissuré, parfois proche du 3D. Ailleurs un travail infiniment méticuleux fait apparaître une peinture presque transparente. Les couches de couleurs qui s’y emmêlent attirent la lumière. S’y dessinent alors des territoires qui aspirent un monde d’émotions, parfois jusqu’à la saturation.

Une très belle peinture à découvrir au 12 rue de la Châtelaine, jusqu’au 27 août. 

Laurent Karagueuzian et la nature

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Depuis début juillet, Laurent Karagueuzian est présent qu 12 rue de la Châtelaine. Il y présente une peinture élégante et harmonieuse.
Cet homme aime les ballades en forêt, et même se coucher sur le sol pour observer la lumière qui filtre entre les feuilles des arbres.
Une manière comme une autre de capter le plein et le vide, la lumière et le noir, la rupture.

Longtemps adepte du noir et blanc, Laurent Karagueuzian revient à la couleur avec des oeuvres de petite taille.
Papier, toiles et gravures (de 70 € à 1600 €). 

 

A découvrir cette dernière semaine.

Photos Anne Philippe

Entretien avec Andrew Pike

Andrew Pike travaille au KCAT, le centre d’art et d’études ouvert à des personnes différentes. Il y participe depuis le commencement de l’institution. Il est à la fois peintre et créateur d’animations pleines d’humour et de sens.  Le KCAT est notre partenaire pour cet été.

A travers cet entretien, on découvre un artiste – un homme – qui réfléchit avec une voix claire et libre sur le statut de l’art, et celui du handicap. Mais aussi sur ce qu’est l’art dit contemporain, sur le plaisir du travailler ensemble, sur la création et le bonheur de créer. Une très belle rencontre.

Deux de ces animations sont à découvrir au 6 rue de la Châtelaine jusqu’au 30 juillet  2017.

 » J’aime mon travail. J’aime simplement dessiner, peindre.  J’ai fait un peu de peinture à l’huile, mais en fait j’aime chaque type d’expression, vous savez, je suis un artiste ! J’aime que les gens regardent mon travail, plutôt que de le reléguer au loin, le voir et laisser aller. »                                                                                                                                        Andrew Pike 

 


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Vous pouvez parler un peu de vous-même ? 

Je m’appelle Andrew Pike, j’ai soixante-douze ans, j’habite dans un grenier en face du KCAT.

Quand avez-vous commencé à faire de l’art pour la première fois ?

J’ai commencé quand j’étais très jeune, mais je ne pratiquais pas vraiment. Quand j’ai commencé à venir au KCAT, je m’y suis réellement mis. Puis au fil des années, ça s’est développé. Après, j’ai eu des opportunités.

Avant de rejoindre le KCAT, que faisiez-vous ?

Je vivais dans une autre communauté appelée Duffcarrig. J’ai été jardinier pendant près de vingt ans. Et quand je suis arrivé au KCAT, je me suis mis à l’art, et c’était super.

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le KCAT ?

Eh bien, on m’avait demandé de donner un cours d’art à Kilkenny. Je me suis dit que si je retournais à Duffcarrig, je perdrais cet enseignement. C’est comme ça que j’ai décidé d’intégrer le KCAT, question de garder vivants mon art et ma créativité.

Le KCAT a été fondé en 1999 et je l’ai rejoint dès le début. Il y avait trois artistes, Frances Casey, Georgie McCutcheon et moi-même. On a été les pionniers du studio. C’est comme ça qu’on a commencé. C’était super, ça m’a donné l’opportunité d’élargir mon horizon.

Et quand je suis venu au KCAT, j’ai décidé que ce serait mon « chez-moi » et que c’est mon lieu.

Combien de jours par semaine travaillez-vous au KCAT ?

J’y travaille quatre jours par semaine, le seul jour où je n’y vais pas, c’est le mercredi.

Est-ce-que vous pratiquez votre art en dehors du KCAT ? 

Oui, bien sûr.

En fait je n’aime pas l’expression « art brut », j’aimerais qu’on en change. Quand les gens me demandent pourquoi, je leur réponds que je n’aime pas le mot « brut » parce que je pense qu’on est juste des artistes, et que, oui en effet, nous faisons de l’art différemment. C’est ce que je pense.

Comment travaillez-vous ?

Avant tout, j’aime les paysages. Et puis, vous savez, tout arrive peu à peu, parfois j’essaie juste de dessiner quelque chose que je veux vraiment faire et….  Ça vient de l’expérience. Je pense que plus vous avez de l’expérience de la vie, plus ça vient automatiquement. Ça tombe juste du ciel, vous le mettez sur le papier, et voilà.

 

Avec vos vidéos, voulez-vous transmettre un message au spectateur ?

Oui et non. Il y a un peu d’humour et aussi un message dans certaines vidéos. Ma dernière vidéo s’appelle « Going to War over a Banana Truck » (Partir en guerre pour un camion de bananes). Il y a de l’humour mais le point de vue est aussi très sérieux. C’est vraiment ma manière de protester contre la guerre et de montrer à quel point la guerre peut être stupide, elle ne laisse que du vide. Quand on y pense, c’est vraiment ça.  Et les politiciens sont simplement aussi mauvais que les gens ordinaires dans la rue. Nous devons réfléchir à une façon de contrôler notre colère, notre rage. Nous pouvons désapprouver tous les régimes mais nous devons apprendre à vivre dans ce monde.

Pourquoi utiliser l’humour ?

Parfois j’aime bien rire. L’humour vous fait du bien. Il y a de l’humour dans mon travail, dans mes peintures, mes dessins. Je pense qu’on en a besoin dans tout, sinon, si on prend la vie trop au sérieux, on n’en profite pas, vous savez. C’est vraiment ça qui me plait.

Comment choisissez-vous les sujets de vos vidéos ? 

Pour la dernière vidéo, j’ai juste lu les journaux. C’était du temps de la guerre d’Iraq. J’ai alors décidé que ça serait ça, j’aime me moquer. Je me moque principalement des américains, mais un peu aussi des arabes, mais ce n’est pas offensant. En fait je me moque de notre attitude à leur égard. En un sens ça date un peu, mais il y un bon sens de l’humour. Ceux qui l’ont vu l’ont appréciée.

Donc vous vous inspirez principalement des journaux ?

Des journaux, des articles que je lis. Je me dis que c’est une bonne idée d’exprimer simplement ce que je ressens, de dire ce que je n’aime pas dans ce qu’ils trament [les politiciens]. [Pour moi] c’est comme si chaque artiste avait un point de vue pour changer la société d’une manière ou d’une autre, alors il doit les obliger à faire mieux. Si on reste la tête dans les nuages, ce n’est pas bien.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre travail ?

C’est une question très difficile ! Et bien j’aime le faire, c’est le plus important. J’aime le faire pour le plaisir de le faire. Certains artistes disent :  » je veux de l’argent ». Pas moi. Je m’en fiche. Si les gens aiment mon travail, ils l’achèteront, sinon ça n’a pas d’importance. Je fais mes vidéos et les gens les regardent et disent : « Qu’est-ce qu’il raconte, qu’est-ce qu’il fait ? ».

Mais un artiste sérieux, il peint probablement toute la journée. Et il n’en vend que deux !

Alors vraiment, si le public aime, tant mieux, sinon ça n’a pas d’importance. Le plus important c’est de faire de l’art pour le plaisir de le faire. C’est comme tout ce qu’on fait dans ce monde vous savez, il y a des gens qui dansent, des gens qui jouent la comédie, des gens qui chantent. S’ils n’y prennent pas de plaisir, pourquoi s’embêter ? ça n’en vaut pas la peine. Après les gens disent que vous ne valez pas grand-chose.
L’avenir…. Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas.

J’aime bien les collaborations, travailler avec d’autres groupes, ou avec quelqu’un d’autre. Et j’apprends des autres comme ils apprennent de moi. C’est vraiment du donnant donnant. Parfois les artistes sont curieux et prennent quelque chose par-ci, quelque chose par-là. Oui, parfois certains vous prennent quelque chose.  Alors c’est donnant donnant et je pense que c’est de ça qu’il devrait s’agir : collaborer et travailler ensemble, essayer de changer le monde, subtilement, pas de la mauvaise manière.

Si vous le faites de la mauvaise manière, les gens ne vous écouteront pas.

Selon vous, quelle place pour des artistes avec un handicap dans la société ?

Je n’aime pas le mot « handicap ». C’est juste une étiquette pour moi. Il y a des gens qui brillent par leur art parce qu’ils peuvent vraiment exprimer leurs émotions. Au KCAT, il y a eu une personne qui ne pouvait pas parler ni entendre. Mais elle pouvait s’exprimer par la couleur et la peinture et la peinture avec de la couleur. C’était sa manière de parler.

Pour résumer, à qui cela importe-t-il que vous ayez un handicap ? Vous êtes un artiste. Et si vous êtes un artiste, en quoi est-ce important ? Vous pourriez être sourd et idiot et pourtant être capable de faire de l’art. Si vous êtes aveugle vous ne pouvez pas lire, mais vous pouvez demander à quelqu’un quelle est la couleur du ciel, quelle est la couleur de l’herbe. Les handicaps ne sont pas des obstacles et je pense qu’il est temps que les gens comprennent qu’à la fin, on est juste des artistes, et que c’est ce qu’on aime.

Croyez-vous qu’il soit important de parler de ce que vous créez et de le partager ?

Je partage en effet les choses d’une manière créative. Parfois je vais voir les étudiants en classe et je leur dis que « là ce n’est peut-être pas très correct, que j’aurais plutôt fait comme ça ». Ils vous regardent et demandent pourquoi. Je leur réponds que c’est l’impression que j’aie. Après ils voient les choses différemment, alors c’est des concessions de part et d’autre. Juste des concessions de part et d’autre. Certains en prennent note, d’autres non.  Je dis : « regardez j’aurais fait comme ça, plutôt que comme ça ». C’est une bonne chose d’être critique de temps en temps, d’avoir sa propre vision, à condition de permettre aussi aux autres de critiquer. Mais parfois certains disent [de mon travail] que c’est très « joli », mais moi, je ne veux vraiment pas qu’ils disent que c’est très « joli », je veux qu’ils disent qu’ils n’aiment pas.
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Quand j’ai commencé à faire de l’art lors de la formation, Helen Comerford m’a dit : « Tout le monde est sur le même pied d’égalité et je te montrerai comment devenir un bon artiste ». Je l’en ai remerciée parce que c’est ce qu’elle a fait, elle nous a vraiment fait travailler et je peux vous dire que Medb a une merveilleuse maman qui a été un bon professeur que je remercie.  Au début, quand je lui ai dit : « regarde, ma perspective n’est pas juste », elle a répondu :  » je t’apprendrai ». Elle avait l’habitude de nous montrer avec le crayon : « Ne mettez pas votre crayon trop bas parce que ça le rendra trop petit, sortez de la page, oubliez-le et recommencez ». Maintenant elle fait du théâtre au KCAT et là aussi c’est un bon professeur.

Parfois les gens regardent mes peintures et disent :  » Ouah elles sont grandes, et elles sont bien, elles devraient être dans une galerie ».

Helen m’a appris à être flexible, rapide. Je sais que c’est parfois très difficile quand vous n’êtes pas un artiste. Vous vous demandez pourquoi je dis « flexible et rapide », parce que si vous voulez prendre dans votre dessin un animal, vous devez être vraiment rapide, si vous ne pouvez pas le garder en mémoire ou si vous n’avez pas de mémoire visuelle, vous devez le faire très rapidement.

Est-ce que vous participez à des expositions ?

J’en ai fait quelques-unes. J’ai fait une expo solo en Allemagne près de Stuttgart. C’était une sorte de communauté ; une autre exposition dans une autre partie de l’Allemagne. C’est intéressant de collaborer avec des personnes qui s’intéressent à votre travail. On a fait des conférences, des réunions et Dieu seul sait quoi d’autre. Nous sommes allés en Italie pour une exposition. A Modène. Ils étaient intéressés par ce que faisait le KCAT. Ils sont venus ici il y a deux ans, ils ont visité et travaillé avec nous et ils ont apprécié. Quand ils sont rentrés chez eux, ils ont réalisé que nous étions totalement différents, qu’ils étaient avec des personnes handicapées qui aimaient faire de l’art.

Donc je vraiment le mot « handicap » – ne l’utilisez pas ! Parlez d’eux en tant qu’artistes, mais pas comme des handicapés. Personne ne l’est en réalité.

Voulez-vous continuer à participer à des expositions ?

Pourquoi ? Et pourquoi pas ? Plus de reconnaissance vous obtenez, plus les gens en apprennent à propos du KCAT. On ne parle pas du fait d’avoir des handicaps, qui cela intéresse-t-il ? Personne n’a vraiment envie de savoir. Vous êtes un artiste dans votre droit. Je pense que c’est le plus important, quand on y pense.

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On a fait tout ça, et je pense que la fête de fin d’année a eu lieu à l’ancienne université. Il y a eu toute la classe sauf une personne qui avait un peu de sciure dans l’œil et qui ne pouvait pas venir. Mais les autres tuteurs venaient lui demander « pourquoi vos étudiants ne viennent pas vous voir ». Elle disait  » on a une relation d’amour/haine ». C’est notre sens de l’humour, et c’est elle qui nous l’a donné.

Que pensez-vous de l’art contemporain ?

Je pense que c’est bien. C’est bien, c’est bien.

Avez-vous un artiste préféré en art contemporain ?

Non, pas vraiment. [Au KCAT], je pense qu’on a fait beaucoup de choses au fil des années. Nous avons fait des expositions et des choses comme ça. Nous publions des livres, et nous essayons de nous en sortir du mieux que nous pouvons. Alors vraiment, c’est une bonne chose, faire savoir aux gens qui nous sommes et ce que nous sommes plutôt que de nous cacher et dire :  » Ils sont fragiles, ils ne peuvent pas s’en sortir seuls ».
Pour moi, l’art est une pratique très ouverte et si vous allez à l’étage en-dessous, [vous verrez] quelques artistes qui sont des étudiants et ils y prennent plaisir Et ils apprécient notre opinion, et parfois ils nous regardent et disent « Non, je ne pense pas que ce soit bien, je ne vais pas le faire ». Alors…. C’est à eux d’en juger, pas à moi. »

Est-ce que vous considérez votre travail comme de l’art contemporain ?

Eh bien je ne sais pas, si vous voulez, on est contemporain, alors…. C’est de l’art contemporain. Mais je ne saurais le dire. Des artistes populaires viennent ici et ils sont ébahis et disent :  » Ouah, vous êtes meilleurs que nous ».  Et c’est la vérité. Ils viennent ici et ils repartent bouche bée.

Mais dans notre domaine, il y a beaucoup de choses qui se passent. Ils n’ont pas la même facilité que nous avons, nous avons de la facilité à travailler et nous apprécions vraiment de le faire.

L’art contemporain, eh bien …. Oui peut être … mais, je ne sais pas.

En art, il y a des catégories … peut être pensez-vous que vous ne faites partie d’aucune catégorie ?

Oui et non, qui peut le dire ? Vous savez, certains peuvent dire oui, c’est bien de l’art contemporain, Eh bien que disent-il, que disent-il ? Moi je pense que les gens dehors, ben ils ne savent pas vraiment.

D’où cela vient-il aux artistes ? Quel est leur logique, pourquoi ont-ils fait cela ? Qu’est-ce que c’est ? D’où cela vient-t-il ? Quel était l’idée ? Où était-ce ? Etait-ce un rêve ? Etait-ce une idée qui était là depuis longtemps ?
Donc vous voyez, l’art contemporain est un phénomène assez nouveau des 50 dernières années, il en est de même pour l’art brut. Réellement, je devrais dire que si je regarde vraiment tout l’art brut, (bien que je n’aime pas le mot), c’est vraiment contemporain. Même les artistes populaires, parfois quand ils viennent ici ils disent : « Ouah, d’où leurs viennent leurs idées ? Leurs viennent-ils en rêve ? De leurs expériences ? De leurs façons de vivre ? Et comment font-ils pour les rassembler et les mettre sur une toile ? »

Alors c’est vraiment de ça qu’il s’agit : à quoi ressemblerait le monde s’il n’y avait pas de couleurs.  Ce serait horrible. Je pense que nous déprimerions et serions mal. C’est pour ça que je pense que l’art est excellent pour toute personne qui a un handicap.
Les handicapés sont créatifs, ils sont devenus des artistes, c’est tout. Même les musiciens, les chanteurs et tous les autres. Vous savez, c’est ça qui me semble important. Que les gens reconnaissent l’art pour ce qu’il est, et rien d’autre.

Y a-t-il des artistes en particuliers que vous aimez ?

J’ai beaucoup vu les œuvres de Pablo Picasso, je pense que c’est vraiment un des seuls artistes que je prends plaisir à voir. Il a un coup de pinceau sombre mais il en a aussi un plus léger. J’ai vu certains de ses dessins réalisés entre ses six et à douze ans et mon Dieu, ils sont absolument parfaits. Je les ai vus à Venise une année et j’étais impressionné, j’étais estomaqué. Il les a faits à six ans !  Son père a fait en sorte qu’il sache dessiner un pigeon. Pas d’amusement ni de jeux, il lui a dit qu’il devait le faire à la perfection et s’il se trompait il devait recommencer encore et encore et encore.

Henri Rousseau était un ami mais Picasso se moquait de lui parce qu’il était naïf, il avait une manière enfantine de peindre. Mais Picasso l’adorait car il était libre. Et son enfance avait été dans le droit chemin, pas de faute, rien. Alors en grandissant, il a commencé à se rebeller. Et son père n’était pas là pour lui dire quand c’était du n’importe quoi. Si on réfléchit vraiment, son inspiration vient de l’art moderne.
Je pense que Picasso est le grand-père de l’art moderne. Et rien ne se perd vous savez. Vous pouvez prendre une paire de chaussures, la clouer au plafond et appeler ça de l’art. Donc, vraiment, tout vient de lui. […] Je pense que c’était lui l’inspiration, et qu’il a inspiré beaucoup de personnes.

© 2017 Eleonore Plard pour Regards Sur.
L’entretien a été réalisé en anglais par Eléonore Plard, traduit en français par Myriam Lajmi. Editing Marie Oulion.