Retour sur l’été 2016 avec Eléonore

Bonjour à toutes et à tous.

Voici avant l’annonce du projet de l’été 2017, un petit retour sur la saison 2016 avec un extrait du mémoire réalisé par Eléonore Plard à la suite de son séjour parmi nous l’été dernier.
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Eléonore a depuis l’été continué sa route puisqu’elle a passé l’automne et l’hiver au KCAT (kcat.ie), centre d’art irlandais pour personnes handicapées. Elle sera de retour parmi nous en août 2017, mais cette fois-ci comme artiste invitée, et nous aurons le plaisir de découvrir la série de vidéos poétiques, tragiques, et souvent très drôles, qu’elle a réalisées depuis plusieurs années.

Son travail au KCAT, qui semble la passionner, a abouti au développement d’un partenariat Regards Sur / KCat qui devrait se concrétiser cette année 2017 par une exposition d’art brut en juillet au 13 rue de la Châtelaine. Plus d’informations courant mars.

 

Mais pour le moment, retour sur un été plein de réflexions.
Une des missions de Regards Sur est de donner à voir à un public, pas forcément conquis, de l’art contemporain de qualité dans un cadre de convivialité. Une de ces problématiques est donc de faire en sorte que ce public entre au sein des espaces, ce qui n’est pas facile.

Eléonore a très vite constaté que nombre de gens jettent en œil, hésitent puis partent sans avoir franchi la porte. Et cette interrogation est devenue sa problématique.


Pourquoi les visiteurs sont-ils réticents à entrer dans les galeries d’art à Saint-Bonnet-le-Château ? Petite étude de terrain. Par Eléonore Plard. 

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Durant ces deux mois, j’ai analysé les réactions des gens face aux expositions, face aux œuvres, en tentant de tenir un journal de bord et en interviewant quelques-uns. J’aurais voulu que ce journal soit plus riche, mais les nombreuses tâches qui m’incombaient – et notamment accueillir et accompagner le public – étaient souvent en contradiction avec la disponibilité nécessaire à l’observation. J’ai aussi mené une dizaine d’entretiens semi-formels.

Cet été, j’ai remarqué que beaucoup de gens n’osent pas entrer dans les galeries : souvent, ils hésitent, et puis s’en vont. Souvent, les gens ne sont pas attirés, certains ont peur de ne pas « comprendre. »  Parfois si je les interpellais, certains osaient franchir le pas. L’accueil est très important, mais je crois qu’il ne faut pas les forcer, il faut savoir rester à une certaine distance pour leur laisser le choix.

La plupart de ceux qui entrent sont intéressés, curieux, et aiment avoir des explications sur une œuvre […]. Beaucoup ont discuté avec moi, pas spécialement sur l’art, mais sur leur vie personnelle. […] J’ai remarqué que la plupart des gens sont très bavards. Ils ressentent le besoin d’exprimer leur ressenti ou ce que leur évoquent les œuvres, qu’ils les apprécient ou non. Je les ai trouvés globalement très ouverts, curieux, même pour les personnes qui n’ont pas l’habitude de s’intéresser à l’art. J’ai aussi constaté que la plupart des gens savent tout de suite s’ils apprécient une œuvre ou non, dès le premier contact. C’est comme une rencontre, une expérience qui se vit directement. […]

Parfois, il faut du temps pour apprécier les œuvres. Par exemple, les œuvres de Marika effrayaient souvent les gens, de par l’atmosphère qu’elles créaient dans le lieu (des personnages inquiétants dans un lieu ancien un peu sombre). Mais une fois que les visiteurs avaient pris le temps d’observer des détails, de mettre des mots sur leurs émotions, ils se familiarisaient avec les œuvres et, au fur et à mesure, ils les voyaient autrement, c’est à dire que la peur qu’ils avaient pu ressentir à l’entrée dans la galerie, se transformait en un sentiment plus apaisé.

Beaucoup de personnes ont apprécié les vidéos d’artistes que nous proposions : certaines montraient comment les artistes travaillent, d’autres étaient de simples entretiens. Dans les deux cas, ils les trouvaient accessibles, et très intéressantes. On peut faire l’hypothèse que ces vidéos favorisent, pour ceux qui les regardent, une proximité avec les œuvres, ce qui facilite l’appropriation, tout comme les échanges que j’ai pu avoir avec certains visiteurs autour des œuvres leur permettaient d’avoir un regard moins distancié, et de dire des choses qu’ils n’auraient pas forcément pensé s’ils avaient regardé seul(e)s ces œuvres.

Je me souviens d’un échange avec un visiteur : (il m’a dit que), habituellement, il ne s’intéressait pas ou peu à l’art. Je l’ai invité à observer les œuvres de Françoise Grataloup de plus près, et là il m’a confié ses réactions : il m’a expliqué ce qu’il appréciait et ce qu’il aimait moins (dans les couleurs, l’écriture sur les journaux, la composition du tableau), ce qu’il pouvait percevoir de concret (formes animales) dans l’abstrait. Au fur et à mesure, j’ai constaté qu’il avait de plus en plus plaisir à en parler. Cela nous a permis de confronter nos points de vue, et pour lui de découvrir un langage plus “sensoriel”, qui lui était alors inconnu.

De mon côté, j’ai compris qu’il était important d’avoir des ressources pour faire découvrir les œuvres : il faut savoir débloquer une situation quand c’est nécessaire. Par exemple, ça peut être par l’humour, ou en provoquant un effet de surprise chez le visiteur ; ou bien donner une information, simple, concrète, mais sans intervenir dans l’émotion de l’autre, permet souvent de décharger une angoisse ou un blocage, en laissant une libre expression.

Quelques éléments dégagés des entretiens :
I. La plupart des gens interviewés ne fréquentent pas souvent les musées d’art contemporain. Les musées, considérés souvent comme « de l’art en boîte », devraient être plus accessibles. Ils plaident pour un “art dans la vie quotidienne”, dans la rue, ouvert sur les autres, et non pas enfermé dans des musées.

II. Pour certains, l’appréciation d’une œuvre sera différente suivant le contexte, selon les personnes avec qui ils seront par exemple. [Pour eux] l’échange est important, car il permet de mettre des mots sur ce qui est ressenti. L’ouverture et la disponibilité sont également nécessaires.

III. Pour tous les interviewés (sauf un), l’art est praticable par tout le monde, du moment qu’il permet une liberté d’expression, ou un bien-être au même titre qu’une activité de loisir, comme le jardinage par exemple, pour peu que la personne éprouve quelque chose de satisfaisant. Cependant, un des interviewés souligne que cela ne veut pas dire être un artiste et avoir du talent.