Laurent Karagueuzian et la nature

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Depuis début juillet, Laurent Karagueuzian est présent qu 12 rue de la Châtelaine. Il y présente une peinture élégante et harmonieuse.
Cet homme aime les ballades en forêt, et même se coucher sur le sol pour observer la lumière qui filtre entre les feuilles des arbres.
Une manière comme une autre de capter le plein et le vide, la lumière et le noir, la rupture.

Longtemps adepte du noir et blanc, Laurent Karagueuzian revient à la couleur avec des oeuvres de petite taille.
Papier, toiles et gravures (de 70 € à 1600 €). 

 

A découvrir cette dernière semaine.

Photos Anne Philippe

Entretien avec Andrew Pike

Andrew Pike travaille au KCAT, le centre d’art et d’études ouvert à des personnes différentes. Il y participe depuis le commencement de l’institution. Il est à la fois peintre et créateur d’animations pleines d’humour et de sens.  Le KCAT est notre partenaire pour cet été.

A travers cet entretien, on découvre un artiste – un homme – qui réfléchit avec une voix claire et libre sur le statut de l’art, et celui du handicap. Mais aussi sur ce qu’est l’art dit contemporain, sur le plaisir du travailler ensemble, sur la création et le bonheur de créer. Une très belle rencontre.

Deux de ces animations sont à découvrir au 6 rue de la Châtelaine jusqu’au 30 juillet  2017.

 » J’aime mon travail. J’aime simplement dessiner, peindre.  J’ai fait un peu de peinture à l’huile, mais en fait j’aime chaque type d’expression, vous savez, je suis un artiste ! J’aime que les gens regardent mon travail, plutôt que de le reléguer au loin, le voir et laisser aller. »                                                                                                                                        Andrew Pike 

 


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Vous pouvez parler un peu de vous-même ? 

Je m’appelle Andrew Pike, j’ai soixante-douze ans, j’habite dans un grenier en face du KCAT.

Quand avez-vous commencé à faire de l’art pour la première fois ?

J’ai commencé quand j’étais très jeune, mais je ne pratiquais pas vraiment. Quand j’ai commencé à venir au KCAT, je m’y suis réellement mis. Puis au fil des années, ça s’est développé. Après, j’ai eu des opportunités.

Avant de rejoindre le KCAT, que faisiez-vous ?

Je vivais dans une autre communauté appelée Duffcarrig. J’ai été jardinier pendant près de vingt ans. Et quand je suis arrivé au KCAT, je me suis mis à l’art, et c’était super.

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le KCAT ?

Eh bien, on m’avait demandé de donner un cours d’art à Kilkenny. Je me suis dit que si je retournais à Duffcarrig, je perdrais cet enseignement. C’est comme ça que j’ai décidé d’intégrer le KCAT, question de garder vivants mon art et ma créativité.

Le KCAT a été fondé en 1999 et je l’ai rejoint dès le début. Il y avait trois artistes, Frances Casey, Georgie McCutcheon et moi-même. On a été les pionniers du studio. C’est comme ça qu’on a commencé. C’était super, ça m’a donné l’opportunité d’élargir mon horizon.

Et quand je suis venu au KCAT, j’ai décidé que ce serait mon « chez-moi » et que c’est mon lieu.

Combien de jours par semaine travaillez-vous au KCAT ?

J’y travaille quatre jours par semaine, le seul jour où je n’y vais pas, c’est le mercredi.

Est-ce-que vous pratiquez votre art en dehors du KCAT ? 

Oui, bien sûr.

En fait je n’aime pas l’expression « art brut », j’aimerais qu’on en change. Quand les gens me demandent pourquoi, je leur réponds que je n’aime pas le mot « brut » parce que je pense qu’on est juste des artistes, et que, oui en effet, nous faisons de l’art différemment. C’est ce que je pense.

Comment travaillez-vous ?

Avant tout, j’aime les paysages. Et puis, vous savez, tout arrive peu à peu, parfois j’essaie juste de dessiner quelque chose que je veux vraiment faire et….  Ça vient de l’expérience. Je pense que plus vous avez de l’expérience de la vie, plus ça vient automatiquement. Ça tombe juste du ciel, vous le mettez sur le papier, et voilà.

 

Avec vos vidéos, voulez-vous transmettre un message au spectateur ?

Oui et non. Il y a un peu d’humour et aussi un message dans certaines vidéos. Ma dernière vidéo s’appelle « Going to War over a Banana Truck » (Partir en guerre pour un camion de bananes). Il y a de l’humour mais le point de vue est aussi très sérieux. C’est vraiment ma manière de protester contre la guerre et de montrer à quel point la guerre peut être stupide, elle ne laisse que du vide. Quand on y pense, c’est vraiment ça.  Et les politiciens sont simplement aussi mauvais que les gens ordinaires dans la rue. Nous devons réfléchir à une façon de contrôler notre colère, notre rage. Nous pouvons désapprouver tous les régimes mais nous devons apprendre à vivre dans ce monde.

Pourquoi utiliser l’humour ?

Parfois j’aime bien rire. L’humour vous fait du bien. Il y a de l’humour dans mon travail, dans mes peintures, mes dessins. Je pense qu’on en a besoin dans tout, sinon, si on prend la vie trop au sérieux, on n’en profite pas, vous savez. C’est vraiment ça qui me plait.

Comment choisissez-vous les sujets de vos vidéos ? 

Pour la dernière vidéo, j’ai juste lu les journaux. C’était du temps de la guerre d’Iraq. J’ai alors décidé que ça serait ça, j’aime me moquer. Je me moque principalement des américains, mais un peu aussi des arabes, mais ce n’est pas offensant. En fait je me moque de notre attitude à leur égard. En un sens ça date un peu, mais il y un bon sens de l’humour. Ceux qui l’ont vu l’ont appréciée.

Donc vous vous inspirez principalement des journaux ?

Des journaux, des articles que je lis. Je me dis que c’est une bonne idée d’exprimer simplement ce que je ressens, de dire ce que je n’aime pas dans ce qu’ils trament [les politiciens]. [Pour moi] c’est comme si chaque artiste avait un point de vue pour changer la société d’une manière ou d’une autre, alors il doit les obliger à faire mieux. Si on reste la tête dans les nuages, ce n’est pas bien.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre travail ?

C’est une question très difficile ! Et bien j’aime le faire, c’est le plus important. J’aime le faire pour le plaisir de le faire. Certains artistes disent :  » je veux de l’argent ». Pas moi. Je m’en fiche. Si les gens aiment mon travail, ils l’achèteront, sinon ça n’a pas d’importance. Je fais mes vidéos et les gens les regardent et disent : « Qu’est-ce qu’il raconte, qu’est-ce qu’il fait ? ».

Mais un artiste sérieux, il peint probablement toute la journée. Et il n’en vend que deux !

Alors vraiment, si le public aime, tant mieux, sinon ça n’a pas d’importance. Le plus important c’est de faire de l’art pour le plaisir de le faire. C’est comme tout ce qu’on fait dans ce monde vous savez, il y a des gens qui dansent, des gens qui jouent la comédie, des gens qui chantent. S’ils n’y prennent pas de plaisir, pourquoi s’embêter ? ça n’en vaut pas la peine. Après les gens disent que vous ne valez pas grand-chose.
L’avenir…. Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas.

J’aime bien les collaborations, travailler avec d’autres groupes, ou avec quelqu’un d’autre. Et j’apprends des autres comme ils apprennent de moi. C’est vraiment du donnant donnant. Parfois les artistes sont curieux et prennent quelque chose par-ci, quelque chose par-là. Oui, parfois certains vous prennent quelque chose.  Alors c’est donnant donnant et je pense que c’est de ça qu’il devrait s’agir : collaborer et travailler ensemble, essayer de changer le monde, subtilement, pas de la mauvaise manière.

Si vous le faites de la mauvaise manière, les gens ne vous écouteront pas.

Selon vous, quelle place pour des artistes avec un handicap dans la société ?

Je n’aime pas le mot « handicap ». C’est juste une étiquette pour moi. Il y a des gens qui brillent par leur art parce qu’ils peuvent vraiment exprimer leurs émotions. Au KCAT, il y a eu une personne qui ne pouvait pas parler ni entendre. Mais elle pouvait s’exprimer par la couleur et la peinture et la peinture avec de la couleur. C’était sa manière de parler.

Pour résumer, à qui cela importe-t-il que vous ayez un handicap ? Vous êtes un artiste. Et si vous êtes un artiste, en quoi est-ce important ? Vous pourriez être sourd et idiot et pourtant être capable de faire de l’art. Si vous êtes aveugle vous ne pouvez pas lire, mais vous pouvez demander à quelqu’un quelle est la couleur du ciel, quelle est la couleur de l’herbe. Les handicaps ne sont pas des obstacles et je pense qu’il est temps que les gens comprennent qu’à la fin, on est juste des artistes, et que c’est ce qu’on aime.

Croyez-vous qu’il soit important de parler de ce que vous créez et de le partager ?

Je partage en effet les choses d’une manière créative. Parfois je vais voir les étudiants en classe et je leur dis que « là ce n’est peut-être pas très correct, que j’aurais plutôt fait comme ça ». Ils vous regardent et demandent pourquoi. Je leur réponds que c’est l’impression que j’aie. Après ils voient les choses différemment, alors c’est des concessions de part et d’autre. Juste des concessions de part et d’autre. Certains en prennent note, d’autres non.  Je dis : « regardez j’aurais fait comme ça, plutôt que comme ça ». C’est une bonne chose d’être critique de temps en temps, d’avoir sa propre vision, à condition de permettre aussi aux autres de critiquer. Mais parfois certains disent [de mon travail] que c’est très « joli », mais moi, je ne veux vraiment pas qu’ils disent que c’est très « joli », je veux qu’ils disent qu’ils n’aiment pas.
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Quand j’ai commencé à faire de l’art lors de la formation, Helen Comerford m’a dit : « Tout le monde est sur le même pied d’égalité et je te montrerai comment devenir un bon artiste ». Je l’en ai remerciée parce que c’est ce qu’elle a fait, elle nous a vraiment fait travailler et je peux vous dire que Medb a une merveilleuse maman qui a été un bon professeur que je remercie.  Au début, quand je lui ai dit : « regarde, ma perspective n’est pas juste », elle a répondu :  » je t’apprendrai ». Elle avait l’habitude de nous montrer avec le crayon : « Ne mettez pas votre crayon trop bas parce que ça le rendra trop petit, sortez de la page, oubliez-le et recommencez ». Maintenant elle fait du théâtre au KCAT et là aussi c’est un bon professeur.

Parfois les gens regardent mes peintures et disent :  » Ouah elles sont grandes, et elles sont bien, elles devraient être dans une galerie ».

Helen m’a appris à être flexible, rapide. Je sais que c’est parfois très difficile quand vous n’êtes pas un artiste. Vous vous demandez pourquoi je dis « flexible et rapide », parce que si vous voulez prendre dans votre dessin un animal, vous devez être vraiment rapide, si vous ne pouvez pas le garder en mémoire ou si vous n’avez pas de mémoire visuelle, vous devez le faire très rapidement.

Est-ce que vous participez à des expositions ?

J’en ai fait quelques-unes. J’ai fait une expo solo en Allemagne près de Stuttgart. C’était une sorte de communauté ; une autre exposition dans une autre partie de l’Allemagne. C’est intéressant de collaborer avec des personnes qui s’intéressent à votre travail. On a fait des conférences, des réunions et Dieu seul sait quoi d’autre. Nous sommes allés en Italie pour une exposition. A Modène. Ils étaient intéressés par ce que faisait le KCAT. Ils sont venus ici il y a deux ans, ils ont visité et travaillé avec nous et ils ont apprécié. Quand ils sont rentrés chez eux, ils ont réalisé que nous étions totalement différents, qu’ils étaient avec des personnes handicapées qui aimaient faire de l’art.

Donc je vraiment le mot « handicap » – ne l’utilisez pas ! Parlez d’eux en tant qu’artistes, mais pas comme des handicapés. Personne ne l’est en réalité.

Voulez-vous continuer à participer à des expositions ?

Pourquoi ? Et pourquoi pas ? Plus de reconnaissance vous obtenez, plus les gens en apprennent à propos du KCAT. On ne parle pas du fait d’avoir des handicaps, qui cela intéresse-t-il ? Personne n’a vraiment envie de savoir. Vous êtes un artiste dans votre droit. Je pense que c’est le plus important, quand on y pense.

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On a fait tout ça, et je pense que la fête de fin d’année a eu lieu à l’ancienne université. Il y a eu toute la classe sauf une personne qui avait un peu de sciure dans l’œil et qui ne pouvait pas venir. Mais les autres tuteurs venaient lui demander « pourquoi vos étudiants ne viennent pas vous voir ». Elle disait  » on a une relation d’amour/haine ». C’est notre sens de l’humour, et c’est elle qui nous l’a donné.

Que pensez-vous de l’art contemporain ?

Je pense que c’est bien. C’est bien, c’est bien.

Avez-vous un artiste préféré en art contemporain ?

Non, pas vraiment. [Au KCAT], je pense qu’on a fait beaucoup de choses au fil des années. Nous avons fait des expositions et des choses comme ça. Nous publions des livres, et nous essayons de nous en sortir du mieux que nous pouvons. Alors vraiment, c’est une bonne chose, faire savoir aux gens qui nous sommes et ce que nous sommes plutôt que de nous cacher et dire :  » Ils sont fragiles, ils ne peuvent pas s’en sortir seuls ».
Pour moi, l’art est une pratique très ouverte et si vous allez à l’étage en-dessous, [vous verrez] quelques artistes qui sont des étudiants et ils y prennent plaisir Et ils apprécient notre opinion, et parfois ils nous regardent et disent « Non, je ne pense pas que ce soit bien, je ne vais pas le faire ». Alors…. C’est à eux d’en juger, pas à moi. »

Est-ce que vous considérez votre travail comme de l’art contemporain ?

Eh bien je ne sais pas, si vous voulez, on est contemporain, alors…. C’est de l’art contemporain. Mais je ne saurais le dire. Des artistes populaires viennent ici et ils sont ébahis et disent :  » Ouah, vous êtes meilleurs que nous ».  Et c’est la vérité. Ils viennent ici et ils repartent bouche bée.

Mais dans notre domaine, il y a beaucoup de choses qui se passent. Ils n’ont pas la même facilité que nous avons, nous avons de la facilité à travailler et nous apprécions vraiment de le faire.

L’art contemporain, eh bien …. Oui peut être … mais, je ne sais pas.

En art, il y a des catégories … peut être pensez-vous que vous ne faites partie d’aucune catégorie ?

Oui et non, qui peut le dire ? Vous savez, certains peuvent dire oui, c’est bien de l’art contemporain, Eh bien que disent-il, que disent-il ? Moi je pense que les gens dehors, ben ils ne savent pas vraiment.

D’où cela vient-il aux artistes ? Quel est leur logique, pourquoi ont-ils fait cela ? Qu’est-ce que c’est ? D’où cela vient-t-il ? Quel était l’idée ? Où était-ce ? Etait-ce un rêve ? Etait-ce une idée qui était là depuis longtemps ?
Donc vous voyez, l’art contemporain est un phénomène assez nouveau des 50 dernières années, il en est de même pour l’art brut. Réellement, je devrais dire que si je regarde vraiment tout l’art brut, (bien que je n’aime pas le mot), c’est vraiment contemporain. Même les artistes populaires, parfois quand ils viennent ici ils disent : « Ouah, d’où leurs viennent leurs idées ? Leurs viennent-ils en rêve ? De leurs expériences ? De leurs façons de vivre ? Et comment font-ils pour les rassembler et les mettre sur une toile ? »

Alors c’est vraiment de ça qu’il s’agit : à quoi ressemblerait le monde s’il n’y avait pas de couleurs.  Ce serait horrible. Je pense que nous déprimerions et serions mal. C’est pour ça que je pense que l’art est excellent pour toute personne qui a un handicap.
Les handicapés sont créatifs, ils sont devenus des artistes, c’est tout. Même les musiciens, les chanteurs et tous les autres. Vous savez, c’est ça qui me semble important. Que les gens reconnaissent l’art pour ce qu’il est, et rien d’autre.

Y a-t-il des artistes en particuliers que vous aimez ?

J’ai beaucoup vu les œuvres de Pablo Picasso, je pense que c’est vraiment un des seuls artistes que je prends plaisir à voir. Il a un coup de pinceau sombre mais il en a aussi un plus léger. J’ai vu certains de ses dessins réalisés entre ses six et à douze ans et mon Dieu, ils sont absolument parfaits. Je les ai vus à Venise une année et j’étais impressionné, j’étais estomaqué. Il les a faits à six ans !  Son père a fait en sorte qu’il sache dessiner un pigeon. Pas d’amusement ni de jeux, il lui a dit qu’il devait le faire à la perfection et s’il se trompait il devait recommencer encore et encore et encore.

Henri Rousseau était un ami mais Picasso se moquait de lui parce qu’il était naïf, il avait une manière enfantine de peindre. Mais Picasso l’adorait car il était libre. Et son enfance avait été dans le droit chemin, pas de faute, rien. Alors en grandissant, il a commencé à se rebeller. Et son père n’était pas là pour lui dire quand c’était du n’importe quoi. Si on réfléchit vraiment, son inspiration vient de l’art moderne.
Je pense que Picasso est le grand-père de l’art moderne. Et rien ne se perd vous savez. Vous pouvez prendre une paire de chaussures, la clouer au plafond et appeler ça de l’art. Donc, vraiment, tout vient de lui. […] Je pense que c’était lui l’inspiration, et qu’il a inspiré beaucoup de personnes.

© 2017 Eleonore Plard pour Regards Sur.
L’entretien a été réalisé en anglais par Eléonore Plard, traduit en français par Myriam Lajmi. Editing Marie Oulion.

Exposition Mary Cody – au 6

De la peinture et de la laine : voilà les ingrédients avec lesquels Mary Cody crée une oeuvre profonde et tranquille.

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Mary Cody au KCAT – Tous droits réservés. 

Nous aimons beaucoup le travail de Mary. Les longs fils de laine qu’elle laisse échapper de ses tableaux et qui s’emmêlent au fil des expositions – Mary a exposé dans le monde entier – sont comme des lignes de vie qui rattachent ses tableaux au monde extérieur.

 

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Petit à petit, Mary enfouit sous la peinture toute une structure en fils de laine, sorte de support interne, quelque chose qui tient – vous tient – et aussi qui vous lie, à la vie, à l’enfance, au maternel peut-être.  Et la peinture se pose, se colle, s’emmêle à cette structure de fils jusqu’à l’épaisseur. Et bientôt les tableaux débordent du cadre, sur le mur, la peinture tenue par la laine.
Une étrange technique qui cultive l’art de tricoter la peinture.

 

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Parfois les fils de laine sont coupés.  Seule reste la matière. Jusqu’au trop plein. Et il s’en faut de peu que le sentiment du manque soit là, prégnant, presque douloureux.

Une très belle exposition à découvrir.

 

 

Festival art brut : Mary Cody

du 6 juillet au 30 juillet

Mary Cody

Dans le cadre de l’événement art brut

Mary Cody

Cette peintre irlandaise vit à Kilkenny, Irlande.
Elle est née à Kilmoganny (Irlande) en 1956. Elle a longtemps travaillé et habité L’Arche Community à Callan (Irlande), espace dédié aux personnes ayant des handicaps mentaux.  Elle rejoint le centre KCAT en 1999, puis y devient résidente.

Mary Cody a exposé son travail dans un grand nombre d’expositions et d’événements collectifs. En 2004, une de ses œuvres a été sélectionnée pour faire la couverture du National Intellectual Disability Database Report. 

La peinture acrylique a sa préférence. Elle pose des fils de laine sur la toile comme pour lui donner une armature fragile.

mary_01.jpgElle recouvre ces fils avec de la peinture dans un geste répétitif et soigné.  Elle travaille lentement, concentrée sur son geste. Mary travaille la couleur, mêlant laine et peinture

Cette merveilleuse artiste autodidacte possède une palette riche de couleurs vives et souvent joyeuses et nous offre dans une intuition géniale, des œuvres à la fois puissantes et sereines.
Evénement à ne pas manquer.

 

 

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Encore plus d’espaces…

Dans notre précédent article, nous mentionnions que l’espace du 13 rue de la Châtelaine n’était pas disponible.
Voilà que sommés par la réalité de chercher des solutions -de nouveaux espaces-, il est né dans notre esprit de nouveaux projets, de nouvelles envies.

L’ambition de l’association Regards Sur n’est-elle pas au fond d’animer, de participer à la vie de quartier et touristique du centre de Saint-Bonnet-le-Château ? Alors pourquoi se cantonner au 12 et au 13 ? Pourquoi ne pas remonter la rue e chercher d’autres lieux à investir ?

C’est que nous avons fait. Et nous avons le plaisir d’annoncer qu’une partie des expositions se tiendra au 6, un bel espace que nous occuperons cet été. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, l’espace du 13 s’est trouvé libre en août. 

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Nous voilà donc très heureux d’avoir en juillet deux espaces : le 6 en haut de la rue, donnant sur la belle place du Commandant Marey, un espace pour l‘Art brut avec Mary Cody et Andrew Pike, et le 12, l’espace fondateur, ouvert à Laurent Karagueuzian.

 

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En août, le 6 devient un espace « Art vidéo » avec la gracieuse présence des vidéos d’Eléonore. le 12 aura le plaisir d’abriter la belle peinture de Manfred Schling, et le 13 une installation et des sculptures-tableaux de Roger Benoit.

Quant à l’année prochaine, on ne vous en parle pas, mais vous imaginez la suite..

Retour sur l’été 2016 avec Eléonore

Bonjour à toutes et à tous.

Voici avant l’annonce du projet de l’été 2017, un petit retour sur la saison 2016 avec un extrait du mémoire réalisé par Eléonore Plard à la suite de son séjour parmi nous l’été dernier.
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Eléonore a depuis l’été continué sa route puisqu’elle a passé l’automne et l’hiver au KCAT (kcat.ie), centre d’art irlandais pour personnes handicapées. Elle sera de retour parmi nous en août 2017, mais cette fois-ci comme artiste invitée, et nous aurons le plaisir de découvrir la série de vidéos poétiques, tragiques, et souvent très drôles, qu’elle a réalisées depuis plusieurs années.

Son travail au KCAT, qui semble la passionner, a abouti au développement d’un partenariat Regards Sur / KCat qui devrait se concrétiser cette année 2017 par une exposition d’art brut en juillet au 13 rue de la Châtelaine. Plus d’informations courant mars.

 

Mais pour le moment, retour sur un été plein de réflexions.
Une des missions de Regards Sur est de donner à voir à un public, pas forcément conquis, de l’art contemporain de qualité dans un cadre de convivialité. Une de ces problématiques est donc de faire en sorte que ce public entre au sein des espaces, ce qui n’est pas facile.

Eléonore a très vite constaté que nombre de gens jettent en œil, hésitent puis partent sans avoir franchi la porte. Et cette interrogation est devenue sa problématique.


Pourquoi les visiteurs sont-ils réticents à entrer dans les galeries d’art à Saint-Bonnet-le-Château ? Petite étude de terrain. Par Eléonore Plard. 

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Durant ces deux mois, j’ai analysé les réactions des gens face aux expositions, face aux œuvres, en tentant de tenir un journal de bord et en interviewant quelques-uns. J’aurais voulu que ce journal soit plus riche, mais les nombreuses tâches qui m’incombaient – et notamment accueillir et accompagner le public – étaient souvent en contradiction avec la disponibilité nécessaire à l’observation. J’ai aussi mené une dizaine d’entretiens semi-formels.

Cet été, j’ai remarqué que beaucoup de gens n’osent pas entrer dans les galeries : souvent, ils hésitent, et puis s’en vont. Souvent, les gens ne sont pas attirés, certains ont peur de ne pas « comprendre. »  Parfois si je les interpellais, certains osaient franchir le pas. L’accueil est très important, mais je crois qu’il ne faut pas les forcer, il faut savoir rester à une certaine distance pour leur laisser le choix.

La plupart de ceux qui entrent sont intéressés, curieux, et aiment avoir des explications sur une œuvre […]. Beaucoup ont discuté avec moi, pas spécialement sur l’art, mais sur leur vie personnelle. […] J’ai remarqué que la plupart des gens sont très bavards. Ils ressentent le besoin d’exprimer leur ressenti ou ce que leur évoquent les œuvres, qu’ils les apprécient ou non. Je les ai trouvés globalement très ouverts, curieux, même pour les personnes qui n’ont pas l’habitude de s’intéresser à l’art. J’ai aussi constaté que la plupart des gens savent tout de suite s’ils apprécient une œuvre ou non, dès le premier contact. C’est comme une rencontre, une expérience qui se vit directement. […]

Parfois, il faut du temps pour apprécier les œuvres. Par exemple, les œuvres de Marika effrayaient souvent les gens, de par l’atmosphère qu’elles créaient dans le lieu (des personnages inquiétants dans un lieu ancien un peu sombre). Mais une fois que les visiteurs avaient pris le temps d’observer des détails, de mettre des mots sur leurs émotions, ils se familiarisaient avec les œuvres et, au fur et à mesure, ils les voyaient autrement, c’est à dire que la peur qu’ils avaient pu ressentir à l’entrée dans la galerie, se transformait en un sentiment plus apaisé.

Beaucoup de personnes ont apprécié les vidéos d’artistes que nous proposions : certaines montraient comment les artistes travaillent, d’autres étaient de simples entretiens. Dans les deux cas, ils les trouvaient accessibles, et très intéressantes. On peut faire l’hypothèse que ces vidéos favorisent, pour ceux qui les regardent, une proximité avec les œuvres, ce qui facilite l’appropriation, tout comme les échanges que j’ai pu avoir avec certains visiteurs autour des œuvres leur permettaient d’avoir un regard moins distancié, et de dire des choses qu’ils n’auraient pas forcément pensé s’ils avaient regardé seul(e)s ces œuvres.

Je me souviens d’un échange avec un visiteur : (il m’a dit que), habituellement, il ne s’intéressait pas ou peu à l’art. Je l’ai invité à observer les œuvres de Françoise Grataloup de plus près, et là il m’a confié ses réactions : il m’a expliqué ce qu’il appréciait et ce qu’il aimait moins (dans les couleurs, l’écriture sur les journaux, la composition du tableau), ce qu’il pouvait percevoir de concret (formes animales) dans l’abstrait. Au fur et à mesure, j’ai constaté qu’il avait de plus en plus plaisir à en parler. Cela nous a permis de confronter nos points de vue, et pour lui de découvrir un langage plus “sensoriel”, qui lui était alors inconnu.

De mon côté, j’ai compris qu’il était important d’avoir des ressources pour faire découvrir les œuvres : il faut savoir débloquer une situation quand c’est nécessaire. Par exemple, ça peut être par l’humour, ou en provoquant un effet de surprise chez le visiteur ; ou bien donner une information, simple, concrète, mais sans intervenir dans l’émotion de l’autre, permet souvent de décharger une angoisse ou un blocage, en laissant une libre expression.

Quelques éléments dégagés des entretiens :
I. La plupart des gens interviewés ne fréquentent pas souvent les musées d’art contemporain. Les musées, considérés souvent comme « de l’art en boîte », devraient être plus accessibles. Ils plaident pour un “art dans la vie quotidienne”, dans la rue, ouvert sur les autres, et non pas enfermé dans des musées.

II. Pour certains, l’appréciation d’une œuvre sera différente suivant le contexte, selon les personnes avec qui ils seront par exemple. [Pour eux] l’échange est important, car il permet de mettre des mots sur ce qui est ressenti. L’ouverture et la disponibilité sont également nécessaires.

III. Pour tous les interviewés (sauf un), l’art est praticable par tout le monde, du moment qu’il permet une liberté d’expression, ou un bien-être au même titre qu’une activité de loisir, comme le jardinage par exemple, pour peu que la personne éprouve quelque chose de satisfaisant. Cependant, un des interviewés souligne que cela ne veut pas dire être un artiste et avoir du talent.

17 et 18 décembre 2016 : Portes ouvertes au 12 rue de la Châtelaine

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C’est Noël !

Regards Sur vous propose un WE « Portes Ouvertes » au 12 rue de la Châtelaine avec café et thés gourmands, vin chaud. De 10h30 à 19h

Spécial enfants 5-12 ans

 Ateliers « Bricolage de Noël » pour les enfants de 5 à 12 ans (4€)

Samedi et dimanche à 11h, 15h, 16, et 17h

Groupes de 4 enfants, inscription conseillée !! 

Pour tous ! Ambiance piano et chants

Samedi et dimanche à 11 h 30 : Venez chanter aussi

ET aussi, vente à emporter des produits du terroir et du champagne

Venez nombreux !